Les grands leaders d'entreprise et les psychologues reconnus s'accordent à dire qu'il faut définir une stratégie de rémunération éclairée pour votre société ; le plus tôt sera le mieux. Malgré cet avis, de nombreuses organisations et responsables financiers se retrouvent régulièrement à perdre du temps et à commettre des erreurs concernant les salaires.
La plupart des entreprises cherchent à fonctionner rapidement et à prendre des décisions agiles. Elles acceptent que certaines choses ne fonctionnent pas et doivent être refaites tant qu’elles peuvent apprendre de leurs erreurs ; pensez à la philosophie « avancer vite et casser des choses » de Facebook. Cependant, une conjoncture économique mondiale tendue signifie que le capital se raréfie, ce qui se traduit par une marge d’erreur plus faible.
Ces erreurs s'accumulent avec le temps et mènent l'entreprise à une situation où réévaluer les décisions passées devient presque impossible. Imaginez l'effort nécessaire pour revoir l'ensemble des rémunérations et avantages d’un groupe aléatoire d’employés sans procéder à une actualisation ou une réorganisation complète des salaires à l’échelle de l’entreprise. Peu de sociétés disposent de la puissance combinée de la finance et des RH pour réaliser une telle opération.
Alors que peuvent faire les entreprises ?
Rédigez un cadre pour prendre des décisions. Le cadre permettant de rémunérer les salariés d’une entreprise est généralement appelé « stratégie de rémunération » ; il guide l’équipe RH lorsqu’il s’agit de fixer la rémunération des nouveaux collaborateurs ou des employés en poste.
Je vais aborder les aspects essentiels d’une stratégie de rémunération, en posant les fondations sur lesquelles vous pourrez adapter vos propres besoins en personnel afin d'élaborer une stratégie adaptée. Je m’occupe de la partie complexe afin que vous puissiez vous concentrer sur la prise de décisions réfléchies, sans y consacrer trop de temps.
Qu’est-ce qu’une stratégie de rémunération ?
Une stratégie de rémunération définit ce qu’une entreprise est disposée à verser à ses employés et la manière de le faire, en comparaison à leur groupe de pairs.
Elle précise notamment :
- Échelle salariale – si l’entreprise est prête à payer au 75e percentile ou au 90e percentile.
- Composantes de la rémunération – répartition du salaire de base, part variable ou commissions sur ventes, avantages et options sur actions.
Les fourchettes et composantes de rémunération sont influencées par les flux de trésorerie actuels et prévisionnels de l’entreprise ainsi que par la qualité des talents que celle-ci souhaite attirer et retenir à long terme.
Qu’est-ce que l’évaluation comparative des salaires ?
Le dictionnaire Merriam-Webster définit le benchmarking comme « un point de référence à partir duquel des mesures peuvent être prises ».
Par extension, l’évaluation comparative des salaires fait donc référence au processus consistant à évaluer vos plans de rémunération existants et proposés par rapport aux moyennes du marché, aux entreprises concurrentes et à la demande de compétences.
Vous pouvez également regarder en interne, en comparant par exemple les salaires des meilleurs talents de différents départements ; par exemple, si votre meilleur commercial touche cinq fois plus que votre meilleur agent expérience client et fidélisation, il serait peut-être utile de réexaminer votre stratégie de rémunération, à moins que vous ne souhaitiez perdre vos employés aux salaires inférieurs et instaurer une culture d’entreprise favorisant exclusivement les ventes.
Pourquoi l’évaluation comparative est-elle importante ?
L’évaluation comparative permet d’acquérir une vue d’ensemble et constitue le socle nécessaire à la mise en œuvre d’une stratégie de rémunération efficace. Sans les résultats issus d’une telle étude, il serait risqué de déployer votre stratégie de rémunération. Sans collecte et analyse d’informations disponibles à ce sujet, vous risquez de vous retrouver à proposer une rémunération bien trop basse ou trop élevée pour tous les nouveaux employés.
Offrez trop peu et vous manquerez les meilleurs talents ; offrez trop et vous risquez d’abaisser inutilement vos marges.
Le principal avantage d’une stratégie de rémunération solide est de pouvoir expliquer la logique derrière chaque décision (ou future décision) de rémunération, aussi bien pour les employés actuels que pour les candidats potentiels. Si vous disposez d'une stratégie fiable et axée sur les données, à laquelle vous pouvez vous référer et sur laquelle vous fondez vos attentes, vos collaborateurs seront nettement plus satisfaits.
La prochaine fois qu’un salarié vous demandera « Sur quoi se fonde l’augmentation que vous me proposez ? », vous aurez une réponse.
La meilleure réponse reste toujours la plus claire. Par exemple : « Nous visons le deuxième quartile pour la rémunération en numéraire mais le premier décile pour les options sur actions, car nous souhaitons que nos employés participent à la réussite de notre entreprise. » Évidemment, cette stratégie peut s’adapter à vos objectifs, mais vous saisissez l’idée générale.
Bien souvent, la rémunération proposée à un profil hautement qualifié varie également en fonction de l'offre et de la demande pour cette compétence. Si un poste risque d’être automatisé par l’IA ou délocalisé, il faudra probablement ajuster votre politique salariale en conséquence. Inversement, si vos concurrents convoitent vos talents, l’ajout d’avantages supplémentaires peut s’avérer judicieux.
Quelles que soient les circonstances exactes, l’analyse comparative doit vous fournir davantage d’informations pour agir.
Meilleurs outils pour l’analyse comparative des rémunérations
Pour réaliser tout type d’évaluation comparative (benchmarking), il est important d’avoir accès à de bonnes données de marché. Les benchmarks varient selon la région et le poste occupé. Ainsi, pour tous les outils logiciels identifiés dans le cadre de l’évaluation des rémunérations, assurez-vous de mener quelques recherches supplémentaires, notamment sur le nombre d’entreprises incluses dans l’analyse, la fréquence de mise à jour des données, et la question de savoir si les entreprises comprises dans le benchmark présentent une valorisation similaire à la vôtre.
La référence dans le domaine de l’évaluation comparative des rémunérations est un produit appelé Carta Total Compensation. Carta est un leader mondial dans la gestion des tables de capitalisation et des outils connexes pour les équipes Finance et RH. Carta est particulièrement recommandée pour le marché nord-américain et met à jour ses benchmarks au moins deux fois par an.
Sinon, découvrez Pave si vous recherchez un outil gratuit avant de passer à une solution payante comme Carta. Pave propose des formules payantes pour des fonctionnalités additionnelles, mais leur offre freemium constitue un excellent point de départ.
Structure de la rémunération : 4 principaux composants
Il existe 4 grands types de rémunération généralement proposés par les entreprises. Ils sont les suivants :
- Salaire fixe, qui correspond au minimum garanti versé à un salarié sur une base mensuelle ou bi-hebdomadaire. Si votre organisation opère dans différentes régions, ce montant peut varier selon la zone géographique.
- Rémunération basée sur la performance dépend de la performance individuelle ainsi que de celle de l’entreprise. Dans la plupart des cas, une pondération est définie à l’avance entre la performance de l’entreprise et celle de l’employé.
- Stock Options, où les employés reçoivent des droits de propriété dans l’entreprise et participent au succès en cas de fusion-acquisition ou d’introduction en bourse de l’entreprise.
- Avantages sociaux qui sont l’outil de fidélisation des employés le plus sous-estimé dans une organisation. Les avantages sociaux sont des privilèges additionnels au-delà des salaires standards.
Salaire fixe (de base)
Le rapport entre salaire fixe et rémunération variable dans la composition globale de la rémunération dépend du poste à pourvoir, du stade de maturité de l’entreprise et de l’expérience du collaborateur. Cela peut sembler évident, mais pourtant, un nombre surprenant de personnes commettent l’erreur suivante : n’établissez jamais un salaire de base isolément ; prenez en compte les autres composantes de votre politique de rémunération avant de fixer le montant du salaire de base.
Rémunération basée sur la performance
L’importance de cette composante s’accroît linéairement avec le pourcentage qu’elle représente dans la rémunération globale. Voici quelques points essentiels à considérer :
- Ce que recouvre la notion de « performance » et comment elle est mesurée. Si les employés n’ont pas la main sur les critères, ils risquent de s’y opposer.
- Quel a été en moyenne le pourcentage des bonus versés, notamment si le bonus ne dépend que des résultats de l’entreprise. Si vous fixez des objectifs inatteignables et que vos collaborateurs ne touchent jamais de primes… ils finiront par être frustrés.
- La fréquence de versement : mensualité, trimestre, semestre, année, etc.
- Les jalons à atteindre et les stratégies de réajustement prévues si les objectifs évoluent. Si les objectifs d’entreprise changent - ce qui est tout à fait possible - il convient d’expliquer à l’avance comment la rémunération sera impactée.
Le ratio entre la rémunération basée sur la performance et les stock-options peut fortement varier selon le poste. Pour les fonctions commerciales, la part variable peut représenter jusqu’à 100% du montant du salaire fixe, et être versée mensuellement ou trimestriellement selon l’atteinte des quotas/ objectifs.
Pour les postes liés à la fonction commerciale (dont les chargés de comptes, responsables clients, commerciaux sédentaires ou responsables du développement commercial), la partie variable peut être mesurée à l’aune d’objectifs comme :
- nombre de prospects,
- nombre de réunions de qualification tenues ou planifiées,
- nombre de démonstrations programmées / réalisées,
- chiffre d’affaires généré,
- renouvellements, et d’autres indicateurs
Dans ces fonctions orientées vers le chiffre d’affaires, la rémunération sur objectifs est spécifiquement conçue pour inciter l’individu à maximiser les revenus de l’entreprise, et par conséquent, ses propres gains.
Cependant, pour d’autres métiers comme l’Ingénierie, le Design ou le Développement produit où les résultats sont moins facilement quantifiables, la part variable pourra être liée à des objectifs d’entreprise ou des jalons pré-définis, comme la sortie d’un produit dans les délais, l’absence de bugs majeurs, la fiabilité/ disponibilité de la solution, ou encore des certifications de sécurité, etc.
Stock options et avantages sociaux
Stock Options
Tout le monde veut des options d’achat d’actions, mais elles sont particulièrement importantes dans les start-ups en phase de démarrage. La légende raconte qu’une étudiante en design graphique, Carolyn Davidson, aurait reçu 35 $ pour le célèbre swoosh de Nike lorsqu’elle a conçu le logo en 1971… mais ce n’est pas tout.
Elle a également reçu 500 actions, d’une valeur totale d’environ 125 $, le jour où Nike a été introduite à la Bourse de New York en 1980. Le prix de l’action aujourd’hui est autour de 100 $ par action et elle a subi sept divisions. Deux à la puissance sept fois 100 $ par action, multiplié par ses 500 actions, valent aujourd’hui 6,4 millions de dollars.
La plupart des salariés rêvent de ce type de fortune grâce aux start-ups pour lesquelles ils travaillent (et à juste titre). L’incertitude, les longues heures et l’implication dans un environnement de travail intense ne conviennent pas à tout le monde ; la plupart des personnes doivent être suffisamment rémunérées pour ces efforts, non seulement en termes de salaire mais aussi grâce à un potentiel de gains futurs lié au succès de l’entreprise.
Tout comme la rémunération au rendement dépend du poste de l’employé, la quantité d’options d’achat d’actions accordée varie selon la fonction.
En plus de constituer un élément de la rémunération, les options d’achat d’actions sont également un excellent outil de fidélisation, car elles sont généralement acquises mensuellement sur une période de 4 ans, avec une période de carence d’un an (« cliff »). La période de carence correspond à la durée minimale pendant laquelle l’employé doit travailler dans l’entreprise pour que ses options deviennent exerçables. À ce moment-là, un petit bloc d’options est généralement débloqué. Après cette première année, 1/48e du montant total de l’octroi d’options sera acquis chaque mois durant les 3 années restantes dans l’exemple ci-dessus.
Acquisition basée sur la performance vs. l’ancienneté
Les options d’achat d’actions sont un excellent outil de fidélisation puisque les salariés doivent rester employés dans l’organisation pour que leurs options s’acquièrent sur la durée du plan. C’est le cas le plus courant.
Cependant, lorsqu’il existe des jalons ou objectifs clairs à atteindre, les options peuvent également être utilisées comme un levier incitatif efficace pour accélérer la progression vers ces étapes, permettant à un certain nombre d’options de s’acquérir lors de la réalisation des jalons. On parle alors d’acquisition basée sur la performance.
Octrois à l’embauche et attributions de renouvellement
Les options d’achat d’actions sont généralement proposées au moment de l’embauche de l’employé. En outre, des attributions de renouvellement peuvent aussi être proposées lors des cycles d’évaluation ou en cas de promotion.
Avantages
Les avantages pour les employés constituent une rémunération non-monétaire offerte en plus de leur salaire de base, des primes et de la participation en actions. Un programme d’avantages bien pensé peut parfois offrir des retours importants aux entreprises qui ne peuvent pas proposer de rémunération monétaire substantielle ; comme ils sont facturés à l’utilisation, de nombreuses sociétés peuvent dispenser de multiples avantages sans avoir à débourser directement la trésorerie.
Attention toutefois, un taux d’utilisation plus élevé que prévu par vos employés pourrait entraîner une hausse importante des primes d’assurance pour votre entreprise.
Exemples d’avantages :
- Assurance santé
- Assurance dentaire
- Assurance vie
- Abondement au plan 401(k)
- Horaires de travail flexibles
- Congés payés étendus ou illimités (PTO)
- Aide à la formation
- Soutien à la garde d’enfants
- Santé mentale et bien-être
- Abonnements à une salle de sport
- Repas gratuits
- Télétravail / travail hybride
- Voyages internationaux / nationaux
Le programme d’avantages doit être adapté au profil démographique des employés de l’entreprise et à ce qui leur semblera le plus utile, sans oublier bien sûr de rester pertinent pour l’entreprise elle-même. Votre société emploie surtout de jeunes commerciaux ? Ils seront sûrement moins sensibles à une couverture santé étendue ou à un congé parental, et préféreront des repas gratuits ou du travail hybride.
Élaborer une stratégie de rémunération
Dans cette section, je vais à nouveau détailler chacun des trois composants, selon le quartile de rémunération que vous souhaitez cibler. Ne prenez toutefois pas mes exemples au pied de la lettre, car c’est ici qu’il y a le plus de place pour l’innovation et la créativité.
La solution facile consisterait à verser à tous les employés des salaires supérieurs au marché afin de les recruter ; cependant, cela n’est évidemment pas raisonnable pour la plupart des entreprises. De plus, si le salaire suffit à attirer les candidats, ce sont la rémunération au rendement, les options et les avantages qui leur donnent envie de rester.
La stratégie de rémunération d’une organisation dépend des éléments suivants :
- Accès au capital (actuel et futur)
- Lieu d’emploi
- Données démographiques actuelles et potentielles des employés (surtout les informations géographiques)
- Présence de concurrents
- Phase des employés recrutés
- Niveau d’études requis
Là où les employeurs souhaitent se situer par rapport au taux du marché global est mesuré sur une base de percentile. Le percentile fournit une comparaison entre une entreprise donnée et la moyenne de ses pairs, en ce qui concerne un aspect spécifique de la rémunération.
| Stratégie de rémunération | Salaire fixe (%) | Paiement à la performance (%) | Options d'achat d'actions (%) | Avantages sociaux |
|---|---|---|---|---|
| Agressive | 75+ | 75+ | 75+ | Élevés |
| Équilibrée | 50+ | 50+ | 50+ | Modérés |
| Non compétitive | 25+ | 25+ | 25+ | Faibles |
| Axée sur les résultats | 50+ | 75+ | 75+ | Modérés |
Quelques exemples de stratégies d’entreprise et de percentiles sont donnés ci-dessus à titre de référence ; voici des cas dans lesquels ils pourraient s’appliquer :
- Agressive — L’entreprise dispose d’un accès élevé au capital dans un marché du travail tendu, où les employeurs doivent faire preuve de créativité pour se différencier et attirer/retenir les talents.
- Équilibrée - L’entreprise cherche à proposer une rémunération et des avantages standards du marché et a accès au bassin de talents dont elle a besoin.
- Non compétitive - L’entreprise offre une rémunération et des avantages inférieurs à ceux du marché. Cela pourrait être le cas si les talents sont abondants et/ou si l’entreprise est le seul employeur d’une région ou type d’emploi.
- Axée sur les résultats - L’entreprise propose un salaire de base faible et souhaite encourager les résultats, en mettant l’accent sur la rémunération à la performance et les options d’achat d’actions.
Monétiser ses avantages
Comme pour tout autre aspect de l’entreprise, il n’existe pas de stratégie de rémunération universelle la plus efficace. Le meilleur package de rémunération est celui qui vous permet d’atteindre vos objectifs et de mettre en valeur vos compétences, tout en tenant compte des contraintes et en les anticipant.
La partie facile d’une stratégie est de la rédiger ; la partie difficile est la mise en œuvre. En tant que responsable financier, vous pouvez facilement intégrer la valeur dans votre stratégie, cependant, il vous faut l’adhésion des ressources humaines et de l’ensemble du management avant de passer à l’action.
Prenez le temps de réfléchir à la raison pour laquelle une décision a été ou non prise, car il est fort probable que cette question se pose aussi dans l’esprit des salariés pour lesquels ces politiques pourraient avoir un impact significatif.
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